PROBLEMATIQUE DE L’ORIENTATION DES JEUNES BACHELIERS AU BENIN, LES CONSEILS DE LA DIRECTRICE EXECUTIVE DU CDEL à la radio Soleil FM

La problématique de l’orientation des jeunes bacheliers au Bénin a été la thématique de l’entretien qu’a eu ce mercredi 27 août 2014 à la radio Soleil FM, Madame Aline Adjibi  Dato, Directrice Exécutive du Centre de Développement Economique Local (CDEL), en tant que l’invitée du jour.
Occasion pour Aline Adjibi  Dato, d’éclairer les auditeurs sur de plusieurs questions du journaliste qui suivent.

Une fois le Bac obtenu, les bacheliers doivent faire face à une autre réalité ;  celle du choix de leur formation universitaire. Les spécialistes en orientation disent même que c’est très important de bien choisir sa formation universitaire. Pourquoi c’est aussi important ?
Deux raisons. La première c’est pour éviter de rater la première année universitaire et la seconde c’est pour éviter de finir une formation et ne pas savoir ce qu’on veut faire comme profession parce qu’on n’a pas  pensé à la profession, au métier au moment où on allait s’inscrire en première année.
Donc, pour éviter de se retrouver à faire des formations complémentaires, il vaut mieux faire un bon choix et ne pas perdre des années.

Est-ce que ce choix revient uniquement au nouveau bachelier ?
Le premier acteur c’est le bachelier lui-même. Il doit faire le bilan de compétences à son niveau, il doit reconnaître quelles sont ses aptitudes et ce qu’il a envie de faire comme métier.
Le deuxième acteur ce sont les professionnels de ces métiers. Le bachelier doit se rapprocher de ces professionnels pour connaître les contraintes et les avantages liés au métier. Ensuite, viennent les parents qui sont des acteurs très importants aussi. Loin de devoir imposer une formation à leurs enfants, ils doivent les aider à choisir en tenant compte des  potentialités de l’enfant, la disponibilité de leurs ressources et la disponibilité des formations choisies par les enfants. En ce qui concerne le choix de formation des bacheliers par les parents, ces derniers, ils ont en même temps raison et tort.
Ils ont raison parce que, voyant le jeune âge de leurs enfants et compte tenu de la situation d’emploi dans le pays, ils pensent choisir les métiers où ils sont sûrs que leurs enfants pourront aisément trouver du travail.
Ils ont tort parce qu’ils ne tiennent pas toujours compte des aptitudes et des aspirations de leurs enfants. La conséquence est que l’enfant ou le jeune bachelier qui s’engage dans une telle  formation, la finit pour son père et sa mère. Et c’est à la fin de cette formation, qu’il s’engage à faire la formation qui lui plaît. Dans tous les cas, il aura perdu beaucoup de temps.
Un bachelier mal orienté fait une formation, il est diplômé mais il ne peut rien faire de ce diplôme. Ou il est sous employé, ou il n’a pas accès à l’emploi parce qu’on n’a pas recherché l’autre élément important qui est les créneaux porteurs en terme de métier sur le marché.

Est-ce qu’il ne faut pas commencer déjà par le choix de sa série au secondaire ?  
L’orientation dans une moindre mesure doit commencer au moins à partir de la classe de troisième, je dirai même la classe de quatrième parce qu’il y a des choix qui se font  déjà en quatrième pour ceux qui veulent faire les séries littéraires, qui ne font plus les sciences physiques en quatrième et en troisième. C’est déjà un premier choix.
Et le second choix, c’est au second cycle pour les séries techniques et professionnelles. C’est des niveaux de choix d’orientation qui aujourd’hui, sont laissés aux enseignants, à l’administration scolaire et aux parents. Et je peux vous avouer qu’il y a de grosses difficultés là aussi, parce que les deux catégories d’acteurs ne s’entendent pas toujours. Les parents veulent pour la plupart des séries scientifiques quand bien même les apprenants ne sont pas en mesure de supporter la série scientifique. Ce qui explique le taux très élevé chaque année d’échec au baccalauréat  série D.
Donc, s’il y avait au niveau des personnes indiquées  un investissement à faire pour régler le problème d’échec, au Baccalauréat puis ensuite dans le monde universitaire, c’est qu’il faut mettre en place des structures ou des personnes dédiées pour accompagner les élèves, les apprenants dans le choix de leur série, et au niveau universitaire dans le choix de leur formation pour  un métier et un emploi  décent.

Sur quoi les jeunes bacheliers doivent-ils se fonder pour choisir leur filière de formation universitaire ?
Les bacheliers doivent tenir compte d’abord de leurs aptitudes, c’est-à-dire de quoi ils sont capables, dans quels domaines ils sont capables d’évoluer et de réussir sans  grands efforts. C’est vrai qu’il faut des efforts, mais sans se décarcasser. Il faut qu’ils identifient ces domaines, les domaines de leurs aptitudes.
La deuxième chose est qu’il faut qu’ils aient une connaissance du métier auquel aboutira la formation. Il ne faut pas finir la formation avant de penser au métier, il faut commencer par penser à quel métier et quelle formation pour ce métier. Et c’est là, qu’on fait le choix de la formation.
Dans le cadre du métier, il est important pour cerner le contour d’un métier, de se rapprocher de ceux qui font déjà dans le métier parce que parfois les jeunes voient un médecin et il leur plaît de devenir un médecin, ils voient un spécialiste de tel domaine, mais ils n’ont pas toujours connaissance des contraintes liées à ce métier. Donc pour se positionner, il faut se rapprocher de ces personnes qui sont déjà dans le métier pour voir comment cela se passe et vérifier s’ils peuvent dans le futur s’adapter à ses contraintes, s’ils peuvent se sentir à l’aise plus tard dans ce métier.
Quand on est bachelier quelque soit son âge on devient adulte. A partir de ce moment, si on n’a pas autour de soi dans la famille, dans un environnement très proche, des personnes ressources, on peut sortir pour aller là où elles se trouvent. S’ils n’ont pas la chance d’avoir une structure d’appui conseil et d’orientation comme le CDEL, il va falloir qu’ils aillent sur internet rechercher des profils qui leur plaisent, pour voir ce qu’il devrait rechercher auprès d’une personne ressource.
Le troisième aspect auquel le bachelier doit faire attention, c’est les moyens dont disposent ses parents pour lui offrir la formation. S’il s’agit d’une formation qui existe sur place, c’est relativement plus facile. S’il existe la formation en milieu public, c’est accessible au plus grand nombre. Mais si les parents ont les moyens de payer le privé, c’est plus facile quand l’enfant veut quelque chose que les parents sont en mesure de lui offrir.

Est-ce que vous avez quelques filières à conseiller aux jeunes bacheliers ?
En fonction des localités, les métiers peuvent être divers. Aujourd’hui, le Bénin souffre de l’énergie et nous avons du soleil. L’énergie solaire est une filière dans laquelle le jeune peut se former et faire carrière ; la production agricole ; la transformation. Le Bénin consomme beaucoup de produits finis venant de l’extérieur, donc l’agroalimentaire est un vaste chantier dans lequel on doit pouvoir s’investir en terme de métier, pour une sécurité alimentaire. Aujourd’hui on parle de la mécanisation de l’agriculture, il faut donc des métiers de l’agro mécanique dans lesquels les jeunes peuvent s’engager et se former. Tout ce qui concerne l’agriculture est un vaste chantier dans lequel il y a beaucoup de métiers qui peuvent, en même temps, résoudre le problème de sécurité alimentaire le problème de métiers porteurs.
Il y a la question cruciale de développement local dans lequel il n’y a pas encore suffisamment de professionnels surtout au niveau des communes de façon décentralisée et au niveau de toutes les localités, des compétences techniques pour aider les autorités communales à bien faire le développement local.

Vos conseils aux nouveaux bacheliers et à l’endroit des parents
Le bachelier, une fois le Bac obtenu, ne doit pas aller se coucher. A partir du moment où le résultat du Bac est connu, la bataille doit commencer. Bataille de la recherche de l’information. Lui et ses iront parents à la recherche de l’information utile ; qu’est ce qu’il y a sur le marché, de quoi mon enfant est capable, qu’est ce que je suis capable de financer pour mon enfant, quelle formation mon enfant peut-il faire pour quel métier, surtout penser formation et en même temps  métier, pas la formation et on verra le métier plus tard.
Il faut donc d’abord choisir le métier, parce que, lorsqu’on s’inscrit à l’université jusqu’à finir et après on cherche n’importe quel emploi « tout ce que vous allez me donner je vais faire », est le résultat d’une mauvaise orientation.
Celui qui est bien orienté, va rechercher après sa formation des stages pour affiner son choix de métier  et à la fin rentabiliser là où il doit faire ses preuves et non se demander « qu’est-ce que je vais faire après la formation ».
En somme, une fois le Bac obtenu, rechercher les informations,  faire son  bilan de compétences, connaître ses aptitudes, les moyens disponibles, le métier auquel on peut aspirer et les moyens nécessaires pour y parvenir.

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